Nouvel extrait : La Tentation de la Liberté

Je ne regrette pas, même si, à tant côtoyer Clément, cet inconnu, j’ai désormais la certitude qu’il ne voulait pas devenir un ancien combattant. Les mots qu’il a laissés sont ceux de la révolte d’un jeune homme, indépendamment de l’époque et du milieu. J’ai beau faire, je n’arrive pas à me le figurer avec les traits d’un homme âgé. Je suppose qu’atteint d’une immarcescible jeunesse, le temps l’aura épargné au point d’omettre de lui infliger ces petits stigmates – rides, calvitie, cheveux blancs, embonpoint – qu’il plante habituellement dans ses victimes à l’approche de la maturité telles des banderilles, comme pour écorner les plus beaux souvenirs et préparer les humains à renoncer à la vie en même temps qu’à une enveloppe corporelle dépareillée. Il m’est difficile de l’imaginer autrement que comme un jeune homme.

Je crois pouvoir affirmer que pour rien au monde Clément ne souhaitait appartenir à une quelconque coterie, obéir à quelque schéma que ce fût. Chaque fois qu’il sentait le début de l’emprise du quotidien, d’une case où rentrer, d’une case où pourrir, vieillir en attendant la mort, il passait à autre chose, slalomait en feu follet qu’il était, éternel débutant. S’il a survécu à la conflagration mondiale, Clément devait promener après-guerre son inaltérable silhouette dans des réunions de retrouvailles où justement il ne se retrouvait pas, lui, dans le décorum, la mentalité et les traits de ses contemporains qui payaient comptant à la vie le tribut de leur âge. Trop marginal, trop atypique, différent physiquement, réticent à toute étiquette ou médaille, il n’avait guère de points communs avec la plupart des autres soldats de l’armée des ombres. Insaisissable, encore et toujours ailleurs ! Et puis quand on trimballe les souvenirs, l’engagement et les préoccupations d’un homme mûr avec la dégaine d’un insouciant jeune homme, on n’appartient au final à aucune génération.

Pour toutes ces raisons la trajectoire imprévisible de la comète Clément, échappant à toutes les forces d’attraction, ne cédant qu’à la seule tentation de la liberté, méritait de laisser une empreinte dans la nébuleuse de nos mémoires. D’une certaine manière, ma curiosité l’a ramené à la vie et je crois qu’il aurait apprécié ce pied de nez au destin. Sans doute, si l’Histoire n’en avait décidé autrement, nos chemins se seraient-ils croisés.

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1ère Séance de Signature !

Samedi 17 novembre 2018, de 10 heures à 18 heures, je serai

à l’Espace Pierre Lecut, 2, rue Stalingrad à ERMONT (95120),

Lecut

pour dédicacer mon roman « La Tentation de la Liberté ».

Venez nombreux !

Les bonnes adresses…

Si vous souhaitez commander « La Tentation de la Liberté », c’est simple :

ainsi qu’auprès de nombreuses librairies…

A l’étranger :

  • La Libreria Francesa (Madrid), La Libreria Francesa El Bosque (Madrid)
  • La Libreria Stendhal (Roma)

et bien sûr en France :

  • à Paris (Delamain, Galignani, Henri IV, La Procure, Le Merle Moqueur, Le Nuage Vert, Librairie Fontaine, Librairie de Paris, Wallonie Bruxelles…),
  • en banlieue, à Asnières (Librairie Nouvelle), à Ermont (Librairie Lecut), à Fontainebleau (Librairie du Marché), à Levallois-Perret (Les Beaux Titres, Décitre), à Suresnes (Lu & Cie), et
  • en province : @ttitude (Albi), Sauramps Cévennes (Alès), Richer (Angers), Masséna (Antibes), Fontaine Luberon (Apt), Les Petits Papiers (Auch), Vent de Soleil (Auray), Librairie Oblique (Auxerre), L’Eau Vive (Avignon), La Fabrique (Bar-le-Duc), L’Intranquille (Besançon), Clareton des Sources (Béziers), Montbarbon (Bourg-en-Bresse), Dialogues (Brest), Le Brouillon de Culture (Caen), Siloë (Carcassonne), Le Lézard Amoureux (Carpentras), Arcanes (Châteauroux), Les Schistes bleus (Cherbourg), Les Volcans (Clermont-Ferrand), Librairie des Signes (Compiègne), La Grande Ourse (Dieppe), La Ruelle (Digne), Grangier (Dijon), Lo Païs (Draguignan), La Rose des Vents (Dreux), Banse (Fécamp), La Carline (Forcalquier), Arthaud (Grenoble), La Bouquinerie (Grenoble),Le Square (Grenoble), Charlemagne (Hyères), Les Saisons (La Rochelle), M’Lire (Laval), La Galerne (Le Havre), Doucet (Le Mans), Thuard (Le Mans), Meura (Lille), La Boîte de Pandore (Lons-le-Saunier), Au Vent des Mots (Lorient), Décitre (Lyon), Passages (Lyon), Le Gang de la Clef à Molette (Marmande), L’Alinéa (Martigues), Hisler-Even (Metz), Librairie Sauramps (Montpellier), Dialogues (Morlaix), Coiffard (Nantes), Jean Jaurès (Nice), L’Eau Vive (Nîmes), Aux Lettres de Mon Moulin (Nîmes), Le Libr’Air (Obernai), Librairie Tonnet (Pau), Lire aux Eclats (Plaisance-du-Touch), La Bruyère Vagabonde (Poitiers), Bel’Ysère (Pontcharra), Lafontaine (Privas), Ravy (Quimper), Forum du Livre (Rennes), Maison du Livre  (Rodez), Le 5ème Art (Saint-Jean-de-Luz), Librairie des Pertuis (Saint Denis d’Oléron), La Pêche aux Livres (Saint Denis d’Oléron), Saint-Pierre (Senlis), Kléber (Strasbourg), Privat (Toulouse), La Boîte à Livres (Tours), La Procure Peuple Libre (Valence), Librairie Cheminant (Vannes), La Buissonnière (Yvetot)…
  • chez nos voisins francophones : Librairie Filigranes (Bruxelles), Ernster (Luxembourg)

 

Un bel objet…

Ça y est ! Il est enfin paru en ce beau mois d’août. On a beau s’y préparer pendant de longues semaines, l’instant de la rencontre est émouvant. La matérialité de ses propres pensées, fulgurances, égarements et réécritures sur le papier est troublante.

On le prend en main, on le retourne pour imaginer le premier contact entre un lecteur et la stratégique quatrième de couverture, comme pour s’assurer de sa réalité. Puis on le feuillette pour vérifier la présence de mots longuement mûris entre les pages de ce bel objet.

Bel objet, en effet. Le choix de l’illustration et de la photographie n’a pas été simple. Au final, avec ses codes couleurs, ce visage qui figure celui du héros de mon roman, et, en bandeau, la photo du Vercors retraitée en noir et blanc, il me va bien.

Le voici donc, qui n’attend que ses lecteurs.

Je vous tiendrai informés de sa distribution et de sa promotion.

Vous pouvez d’ores et déjà le commander auprès de :

ainsi qu’auprès de nombreuses librairies :

  • à Paris (Delamain, Galignani, Henri IV, La Procure, Le Merle Moqueur, Le Nuage Vert, Librairie Fontaine, Librairie de Paris, Wallonie Bruxelles…),
  • à Ermont (Librairie Lecut), Levallois-Perret (Les Beaux Titres, Décitre), à Suresnes (Lu & Cie), et
  • en province : Masséna (Antibes), Fontaine Luberon (Apt), Vent de Soleil (Auray), L’Eau Vive (Avignon), La Fabrique (Bar-le-Duc), L’Intranquille (Besançon), Clareton des Sources (Béziers), Dialogues (Brest), Le Brouillon de Culture (Caen), Le Lézard Amoureux (Carpentras), Les Volcans (Clermont-Ferrand), Librairie des Signes (Compiègne), La Grande Ourse (Dieppe), La Ruelle (Digne), Grangier (Dijon), Lo Païs (Draguignan), La Rose des Vents (Dreux), Banse (Fécamp), La Carline (Forcalquier), Arthaud (Grenoble), La Galerne (Le Havre), Meura (Lille), La Boîte de Pandore (Lons-le-Saunier), Au Vent des Mots (Lorient), Décitre (Lyon), Passages (Lyon), Hisler-Even (Metz), Librairie Sauramps (Montpellier), Coiffard (Nantes), Jean Jaurès (Nice), L’Eau Vive (Nîmes), Aux Lettres de Mon Moulin (Nîmes), Le Libr’Air (Obernai), Librairie Tonnet (Pau), Lire aux Eclats (Plaisance-du-Touch), Bel’Ysère (Pontcharra), Ravy (Quimper), Forum du Livre (Rennes), Maison du Livre  (Rodez), Saint-Pierre (Senlis), Kléber (Strasbourg), Privat (Toulouse), La Boîte à Livres (Tours), Librairie Cheminant (Vannes), La Buissonnière (Yvetot)…
  • chez nos voisins francophones : Librairie Filigranes (Bruxelles), Ernster (Luxembourg)

La Tentation de la Liberté devrait être bientôt également disponible en édition électronique.

Bientôt dans toutes les bonnes librairies…

… selon la formule consacrée.

L’enfant si longtemps porté, si souvent relu et retouché, est actuellement sous presse. Une nouvelle aventure va bientôt commencer. Après un long chemin éditorial, Clément, le personnage central de La Tentation de la Liberté, va enfin prendre son essor, comme tant d’autres personnages de roman, et exister en dehors de son auteur.

Je serai là, à son service, plus fidèlement encore que durant ces années où il a attendu mon bon vouloir et mon inspiration pour que se complètent enfin ses aventures. Je serai là pour assurer la promotion de La Tentation de la Liberté, pour aider à lui donner toutes ses chances.

J’espère qu’il trouvera son public, qu’il émergera du lot de nouveaux romans qu’aura apportés l’année 2018.

En voici la couverture en avant-première.

A très bientôt donc.

 

La librairie…

Les murs de la librairie étaient littéralement couverts de livres du sol au plafond, le plus souvent en vrac dans le plus invraisemblable des fatras, en piles ou en liasses instables, dans des cartons posés à même le linoléum ou plus rarement alignés sur des rayonnages de bibliothèque en bouleau et selon un mode de classement dont la logique m’échappait.

La quasi-totalité de l’espace disponible était occupée par le propriétaire des lieux, l’incontournable maître de céans, étant donné sa position centrale dans l’échoppe et sa corpulence hors du commun. On eût dit la reine d’une fourmilière de papier qui se serait développée dans sa loge royale pendant des décennies, gavée par des ouvrières zélées, jusqu’à atteindre des proportions lui interdisant d’emprunter quelque galerie que ce fût, jusqu’à remplir l’espace de sa loge et en épouser les formes. De fait, je ne me rappelle pas l’avoir vu se mouvoir pour quitter le fauteuil que je devinais sous lui et dont la construction pouvait être contemporaine de celle de la loge royale.

Ma présence ne semblant pas avoir retenu l’attention du libraire, je me plongeai dans l’examen du dos des livres. Les ouvrages aux titres les plus explicites tels L’Amérique juive, de Pierre-Antoine Cousteau, Les Mémoires d’un fasciste, de Lucien Rebatet, des pamphlets tels Les beaux draps, de Céline ainsi que diverses éditions nostalgiques consacrées à Pétain, Laval et Doriot avaient tout naturellement trouvé leur place à l’intérieur de la librairie spécialisée dans l’Histoire de la France – d’une certaine France. J’y découvris également un essai oublié de Jean Giraudoux, Pleins Pouvoirs, publié en 1939, dans lequel son auteur revendique une certaine communauté d’esprit avec Hitler et va jusqu’à suggérer un « ministère de la Race ».

Avachie et immobile dans son fauteuil, la reine des fourmis papivores daigna m’accorder un peu d’attention et m’adresser la parole, d’une voix claire et étonnamment vive, eu égard à sa physionomie et à son âge probable.

—   Puis-je vous aider, Monsieur ?

Je me retournai vers ce curieux bipède blanchâtre au crâne parfaitement glabre et souligné de bourrelets, dont l’orifice buccal venait apparemment de se séparer d’une pipe de bruyère encore fumante. Deux petits yeux perçants animaient ce masque épais et luisant, parcouru de plis. A la réflexion, il ressemblait plutôt à une grosse reine termite blanche. Je me raclai la gorge, évitant de sourire aux pensées hautement insecticides qui me traversaient l’esprit. Lire la Suite

Tárbena

Plissant les yeux pour affronter un soleil aveuglant, Clément jette un regard circulaire aux lieux qu’il découvre. Un vent de chaleur agite doucement les rideaux de fil au seuil des maisons immaculées. Ces mêmes rideaux de fil si typiques bruissent en annonçant le passage d’un villageois qui entre ou sort de chez lui. « Bon dia !« . La lumière omniprésente, l’odeur entêtante et reconnaissable entre toutes de l’huile d’olive fruitée caractéristique du beau Pays Valencien poursuivent le voyageur qui s’égare en ce village, grand avion blanc posé en travers de la montagne.

En ce point central de Tárbena parviennent les clameurs d’enfants qui jouent en courant plus haut dans quelque ruelle étroite et cahoteuse, les notes d’un paso doble tirées d’un rare poste TSF, les échos de parties de cartes, de conversations du quotidien, rumeurs confuses, où se mêlent questionnement sur l’état des récoltes ou la santé des proches, et échange de nouvelles du front. Immanquablement Clément croise Plaza Mayor un chat s’aventurant avec prudence hors du logis, pour filer aussitôt ventre à terre, importuné, toute retraite coupée par des présences humaines, en quête d’un refuge sous une carriole ou derrière la fontaine, point d’eau privilégié de Tárbena. Cet abri de fortune constitue pour le greffier un poste d’observation parfait pour guetter les chiens mal disposés à son égard et que la chaleur écrasante n’aurait pas dissuadés de chasser tous les quadrupèdes qui n’aboient pas.

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La Marina Baixa

La route quitte le littoral de la Costa Blanca, la pointe caractéristique du Peñon de Ifach – qui jette ses 332 mètres de calcaire dans la Méditerranée et porte serti comme un joyau le rocher de Calpe –, le petit village de pêcheurs baptisé du nom de Benidorm, la belle Altea, pour s’aventurer enfin au cœur du Pays Valencien, enchaînant une théorie de villages tous plus pittoresques les uns que les autres : Polop, La Nucia, Villajoyosa, en direction de Pego. Accablées de soleil, ces petites communautés humaines sont apparemment désertées. Et pourtant il suffirait de s’écarter de cet axe, de se rendre à l’intérieur des terres à la rencontre des hommes et des femmes de la région pour se rendre compte de l’activité incessante du travail de la terre. Ensuite vient le gros bourg de Callosa de Ensarria qui, du fait de la récolte printanière des nèfles, priorité absolue, s’est transformé en une fourmilière humaine difficilement canalisée dans les voies de circulation. A la sortie de la ville, une barricade hétéroclite, faite de deux charrettes à bras, de sacs de gravats et d’un amoncellement de chaises constitue l’ultime point de contrôle républicain en direction et en provenance de la montagne. L’automobile s’arrête. Une fois exhibé leur laissez-passer aux couleurs de la République Espagnole, ses deux occupants s’enquièrent auprès des gardes de la situation locale, avant de reprendre leur périple. Lire la Suite

Mobilisation, septembre 1939

Il se rappellerait toujours la tête du premier bidasse qui l’avait accueilli par l’exclamation « Tiens, voilà un bleu ! », stupéfait d’entendre Clément aussitôt lui répondre avec morgue : « Un bleu, moi ? Je ne suis pas un bleu. Je suis un rouge ! ».

D’où pouvait bien provenir ce besoin quasi universel d’être l’ancien de quelqu’un ?
Franchement, quelle gloire pouvait-on tirer d’avoir pataugé avant autrui dans le même bourbier ? A fortiori sans même trouver le moyen de s’en sortir ! Et quel plaisir peut-on bien éprouver à voir ses cadets commettre les mêmes errements, se fourvoyer dans les mêmes ornières que soi et que ses anciens ?

Voilà une preuve supplémentaire, si besoin était, que le conflit des générations n’est finalement que la lutte des jeunes pour conquérir le droit de commettre les mêmes âneries que leurs anciens et des anciens pour se prouver que leurs cadets ne valent pas mieux qu’eux. Au fond, ce doit être cela que l’on appelle les traditions, la perpétuation de la bêtise humaine, le scoutisme atavique, le bizutage héréditaire, la connerie de groupe.

L’exode

Cette transhumance vers le soleil, ou tout simplement vers la survie, s’effectuait deux mois avant ce qui aurait dû être les congés payés 1940, sous les incessants raids aériens des Stukas, terribles insectes d’acier de la Luftwaffe – armés de deux mitrailleuses fixes tirant vers l’avant et d’une troisième à l’arrière, d’un calibre plus léger mais traîtresse car mobile.

« Saleté de moustiques ! Ils piquent avec trois dards ! » lança Clément en bon connaisseur de l’aéronautique, avant de se jeter comme les autres dans le bas-côté. Les bombardiers légers à la silhouette caractéristique et aux ailes en mouette inversée mitraillaient sans pitié les retardataires encombrés de paquets ou les piétons égarés, surprenaient les plus hardis qui se hâtaient pour précéder le convoi terrestre ou les malheureux qui se risquaient à découvert, harcelaient les enfants esseulés, affolaient les mères de famille, ciblaient tout particulièrement les bicyclettes, les voitures à bras et les automobiles.

Annonciatrices d’une mort imminente, les sirènes stridentes qui accompagnaient chacune des attaques en piqué des Stukas avaient été baptisées les « Trompettes de Jéricho ». A l’instar de leurs modèles bibliques qui annonçaient la chute des murs de la « Ville des palmiers », elles contribuaient à l’ébranlement du moral des populations civiles.

Plus tard, alors qu’ils traversaient un village, Clément et ses compagnons d’exode furent abordés par une femme d’un certain âge, hirsute et hébétée, vêtue d’une simple chemise de nuit, qui leur tendit une horloge de coucou en leur demandant l’heure d’une voix monocorde. « Vous comprenez, l’horloge s’est arrêtée, je ne sais vraiment pas comment m’habiller ! ». Devant l’air interdit de ses interlocuteurs, elle reprit bien vite l’objet de sa détresse pour aller interpeller d’autres fuyards. Il y avait celles et ceux qui avaient perdu le nord et l’heure et puis il y avait les pensionnaires des institutions psychiatriques qui s’étaient évadés à la faveur du chaos général, se mêlant à la foule des fuyards. Sans chef, la France avait perdu la tête, dans tous les sens du terme.